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Yogathérapie : une solution originale et efficace contre les douleurs chroniques

La yogathérapie n'est en aucun cas un substitut aux techniques médicales modernes mais offre un ensemble d'outils complémentaires.

Apparu il y a une dizaine d'années, le yoga thérapeutique a fait ses preuves dans le soulagement de pathologies chroniques, y compris lourdes et complexes. Il fait d'ailleurs l'objet d'un nombre croissant d'études scientifiques. Alors comment expliquer le pouvoir thérapeutique du yoga ? Découverte d'une nouvelle approche, qui offre un espoir à bon nombre de patients.

Fin 2016, l'Unesco inscrivait le yoga au patrimoine mondial immatériel de l'humanité, reconnaissant ainsi la valeur universelle de cette discipline plusieurs fois millénaire, originaire d'Inde, qui trouve son origine dans la philosophie tantrique et la religion hindouiste.

Sous l'égide de l'ONU, une journée internationale du yoga a vu le jour qui, chaque année le 21 juin, invite à le célébrer un peu partout dans le monde à travers des rencontres et de grandes pratiques collectives.

La France, comme beaucoup d'autres pays - les États-Unis en tête - n'échappe pas à cet engouement.

Le nombre de pratiquants ne cesse d'augmenter, les cours se multiplient et loin d'être un phénomène purement parisien, la vague du yoga se propage un peu partout, y compris dans les petites villes et villages. Elle pénètre même jusque dans les hôpitaux et les cliniques, pour y inscrire une nouvelle forme de soin, la yogathérapie, inspirée du hata yoga traditionnel. Encore peu connue en France, cette approche récente est déjà bien implantée outre Atlantique ainsi qu'en Angleterre ou en Allemagne.

Quels bienfaits et contre-indications ?

« Depuis 2007, la recherche scientifique concernant les effets du yoga sur la santé explose littéralement », rappelle le Dr Holger Cramer, directeur de recherche au département de médecine interne et intégrative de l'université de Duisburg-Essen en Allemagne.

Des effets bénéfiques sont recensés dans des domaines aussi variés que les douleurs chroniques (mal de dos, cervicalgies, arthrose, fibromyalgie, douleurs neuropathiques et rhumatismales, migraines...), les troubles cardio-vasculaires (hypertension, insuffisance cardiaque, syndrome métabolique...), les désordres gastro-intestinaux, les troubles du cycle chez la femme, la ménopause, les addictions, l'insomnie, les maladies psychiques type anxiété ou dépression, l'accompagnement des personnes souffrant de cancer, l'asthme....

Auteur d'une méta-analyse sur ces différentes études, le Dr Cramer note : "Les bénéfices se font remarquer quel que soit le type de yoga (1) et une pratique hebdomadaire suffit déjà à améliorer les symptômes. Nous avons aussi analysé les risques, qui s'avèrent plus faibles avec le yoga qu'avec d'autres types de pratiques physiques. En moyenne, il y a 0,6 blessure pour mille heures de pratique, ce chiffre étant respectivement de 2,5 pour le jogging, de 5 pour le tennis et de 8 pour le ski."

Comment le yoga soigne-t-il ?

"Le yoga est une pratique psycho-corporelle complète, qui intègre des postures (les asanas), des exercices respiratoires spécifiques (les pranayamas), des visualisations et des méditations", rappelle le Dr Lionel Coudron, médecin généraliste, professeur de yoga et directeur de l'Institut de yogathérapie à Paris, qui forme des yogathérapeutes.

L'association de ces quatre éléments s'avère thérapeutique. "En yogathérapie, nous partons du principe que le corps est capable d'autorégulation et que de nombreux maux sont avant tout liés à une dérégulation de l'organisme. Le yoga permet de retrouver cet équilibre.

La yogathérapie n'est en aucun cas un substitut aux techniques médicales modernes mais offre un ensemble d'outils complémentaires utilisables conjointement aux traitements médicaux. Dans certains cas, elle permet de limiter le recours aux médicaments, toujours sous contrôle du médecin référent", précise le médecin et yogathérapeute.

Pratiquer la respiration alternée pour éteindre le feu du stress

"La respiration est cruciale", complète le Dr Shirley Telles, neurophysiologiste et directrice de la Fondation de recherche Patanjali en Inde.

"De toutes nos fonctions involontaires - digestion, battement cardiaque, sécrétion hormonale, influx nerveux... -, la respiration est la seule que nous puissions influencer de façon consciente.

La respiration spontanée et involontaire est commandée par le cerveau reptilien le plus archaïque tandis que le contrôle respiratoire s'effectue au niveau du néocortex, la zone la plus récente et la plus évoluée du cerveau.

En pratiquant des pranayamas ciblés, nous pouvons moduler nos émotions négatives telles que l'anxiété, la tristesse, la peur, la colère ou le dégoût. Car toutes ces émotions s'accompagnent de blocages ou de désordres de la respiration involontaire."

À cet égard, un pranayama classique du yoga, la respiration alternée, a fait l'objet de nombreuses études scientifiques : la respiration par la narine droite (en bouchant la narine gauche avec l'annulaire) active notre système sympathique, qui provoque l'action et la réaction au stress ; la respiration par la narine gauche (en bouchant la narine droite avec le pouce) stimule le parasympathique, qui agit de façon calmante.

La respiration alternée, une fois narine gauche, une fois narine droite agit de façon équilibrante. "Ces exercices seuls ou couplés avec les postures, nous invitent à une intériorisation, à l'écoute de nos perceptions et de nos ressentis. C'est ainsi que s'explique l'effet du yoga sur le stress et l'équilibre mental", commente la spécialiste.

Rappelons que le stress est le pourvoyeur ou l'accélérateur de toutes les pathologies chroniques. Favorisant l'inflammation, il augmente le risque de cancer, de diabète, d'obésité, de maladies cardio-vasculaires. Aggravant l'anxiété, il est à la racine des troubles du sommeil, des désordres alimentaires, des dépressions, des addictions et majore le ressenti de la douleur.

Comment se passe une prise en charge en yoga ?

Le Dr Jocelyne Borel-Kuhner dirige la première consultation de yogathérapie en France, ouverte en 2012 dans un hôpital de la banlieue parisienne, à Eaubonne dans le Val-d'Oise. Cette spécialiste de la douleur chronique recherchait une alternative aux médicaments, dont elle reconnaît les bénéfices mais aussi les limites.

"Je me forme alors au yoga thérapeutique et très vite mes collègues rhumatologues ou neurologues m'envoient des patients aux pathologies complexes telles que des polyarthrites rhumatoïdes, des fibromyalgies sévères, des scléroses en plaques. Je travaille aussi en lien avec l'hôpital Lariboisière à Paris qui me délègue certains malades", indique la spécialiste.

Une première consultation longue permet de reprendre tout le dossier du patient et de faire le point sur les traitements en cours. Elle se termine par une "ordonnance" composée de petits croquis.

"Ce sont les postures et respirations que j'enseigne au patient et que je lui demande de réaliser tous les jours chez lui, accompagnées d'un petit temps de relaxation et de méditation. Ces postures sont très simples et 10 à 15 minutes suffisent pour les réaliser.

Je revois le patient un mois plus tard pour juger de l'efficacité du traitement et donner de nouvelles postures à pratiquer. En général, il suffit de 3 à 5 consultations individuelles.

Ensuite, j'oriente la personne vers un petit groupe, pour une pratique collective au sein de l'hôpital. Enfin, lorsque les voyants commencent à passer au vert, la personne peut s'inscrire dans un cours de yoga hebdomadaire en ville, tout en continuant sa pratique à domicile".

Plébiscitée par des médecins et des kinésithérapeutes

Cette consultation de yogathérapie individuelle en milieu hospitalier reste aujourd'hui unique en France. Mais de plus en plus de pratiques en petits groupes sont organisées aussi bien à l'hôpital qu'en cliniques.

"Nous venons de signer un contrat avec un grand groupe de cliniques de soins de suite et de réadaptation", se réjouit le Dr Coudron. "Nos professeurs de yoga certifiés en yogathérapie vont y animer des cours en petit groupe dans le cadre de la récupération après chirurgie orthopédique ou traitement du cancer. La même chose pourrait s'envisager en Ehpad (Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) ou en cliniques psychiatriques.

Nous mettons en place un protocole de yogathérapie en partenariat avec les autres professionnels de santé, médecins, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, avec des approches qui se complètent.

La plupart des médecins se montrent très ouverts car ils se rendent compte que le yoga apaise leurs patients, les met dans de meilleures dispositions pour les soins et facilite le processus de guérison".

Pas remboursée par la Sécurité sociale

Aujourd'hui, il n'existe pas de diplôme reconnu de yogathérapeute, pas plus qu'il n'existe de diplôme officiel de professeur de yoga. "Pour que le yoga thérapeutique puisse se développer, il serait souhaitable que les formations soient uniformisées et reconnues par l'État", remarque le Dr Borel-Kuhner.

"Dans notre école, 40% des élèves sont des professionnels de santé, médecins, infirmières, kinésithérapeutes... et 60% sont des professeurs de yoga non issus du monde médical", précise le Dr Coudron.

Si certains exercent à l'hôpital, en cliniques ou en centres de santé, la plupart sont installés à leur compte. Se soigner par le yoga reste donc en France une démarche individuelle qui s'effectue la plupart du temps en dehors des circuits classiques de la médecine conventionnelle.

Elle demande un certain engagement personnel et il n'existe pas de prise en charge par la sécurité sociale. Mais de plus en plus de patients, y compris certains affectés par des pathologies lourdes et chroniques, retrouvent le chemin de l'espoir et de la guérison grâce à cette pratique ancestrale.

(1) Outre le hatha yoga traditionnel, plusieurs styles de yoga sont enseignés en France : le ashtanga-vinyasa yoga, le Bikram yoga, le yin yoga, le yoga Iyengar, le Power yoga, le viniyoga, etc.

Où trouver un yogathérapeute ?

Consultez les annuaires de l'Institut français de yogathérapie et de la Fédération française de yogathérapie

A lire : « Ma bible du yoga santé », de Sophie Pensa, éd. Leduc.s, 24,90 €

Témoignage

Stéphane Haskell*

"Après cinq ans de pratique posturale, je remarche sans douleur"

"Il y a huit ans, je suis soudain victime d'un écrasement de la moelle épinière. Je suis opéré en urgence et l'intervention me sauve certes de la paralysie complète mais me laisse avec d'atroces souffrances et d'énormes difficultés à marcher. Au bout d'un an de rééducation dans un centre, la récupération reste limitée et je prends de plus en plus de médicaments antalgiques. Je suis au bout du rouleau, complètement déprimé. Une amie me conseille alors un centre de yogathérapie. Ma thérapie (exercices respiratoires, puis pratique posturale selon la méthode du maître yogi BKS Iyengar dans un centre où sont traitées des personnes atteintes de polio, de sclérose en plaques, etc.) a duré plusieurs années. Aujourd'hui, je remarche sans douleur. Je pratique tous les jours, ce qui est vital pour moi. Selon mon ressenti, je choisis les postures, les respirations et les visualisations qui vont me soulager. Plus qu'un support de guérison, le yoga a été pour moi un outil de transformation physique et psychique."

*Réalisateur, victime d'un écrasement de la moelle épinière. Auteur du documentaire "Le yoga, un souffle de liberté"

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