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Migraine : activez votre potentiel d'auto-guérison

La migraine touche près de 12% des adultes en France, les femmes étant trois fois plus concernées que les hommes. Un syndrome encore mal compris.

C'est un enfer en cas de crises régulières, mais la migraine peut se guérir à condition de s'attaquer aux causes qui la déclenchent. Selon nos trois spécialistes, nous avons en nous de puissants outils pour nous en délivrer. Découvrez comment les activer.

La migraine touche près de 12 % des adultes en France, les femmes étant trois fois plus concernées que les hommes. Ce symptôme, qui se traduit par des maux de tête bien spécifiques (voir encadré) est pourtant aujourd'hui encore mal compris, pas toujours bien diagnostiqué ni bien soigné. Des médicaments très efficaces pour enrayer la crise existent, tels les triptans. La prise d'anti-inflammatoires (aspirine, ibuprofène) est également d'un grand secours. Mais ils ne sont pas toujours bien tolérés et à force d'en consommer, leur efficacité peut s'amoindrir, d'où le risque d'en prendre de plus en plus. Cette escalade thérapeutique, toxique pour le foie, peut conduire à une forme de céphalée chronique. « J'ai eu dans ma patientèle des personnes prenant plusieurs dizaines d'anti-inflammatoires par semaine et jusqu'à 50 Zomig par mois alors que la dose maximale est de 10 à 12 », note le Dr Jean-Pierre Chaudot, responsable de la consultation migraine à l'hôpital de Pau. « Pour les patients souffrant de crises répétées, il est donc indispensable de trouver des alternatives », conseille ce praticien, lui-même ancien migraineux. « Je suis parti de mon expérience personnelle et de mes observations sur plusieurs milliers de migraineux. J'ai pu constater qu'avant chaque crise, il y a toujours un moment où la personne va se mettre à moins bien respirer. Elle n'expire pas correctement, ce qui engendre une expulsion incomplète du gaz carbonique. Or le gaz carbonique passe très facilement dans le liquide céphalorachidien et y fait grimper la pression. Des travaux expérimentaux ont montré que lorsque cette pression augmente d'un millimètre de mercure, cela provoque une augmentation de 5 % du débit sanguin cérébral et plus en cas de pression supérieure. Cela suffit pour déclencher la douleur migraineuse, elle-même liée à une inflammation méningée péri vasculaire. »

L'hypoventilation à l'origine de la crise

Pour ce spécialiste, nous sommes tous susceptibles de nous mettre en état d'hypoventilation sans même nous en apercevoir. C'est le cas lorsque nous nous concentrons sur une tâche, en travaillant ou en conduisant par exemple. Mais aussi lorsque nous sommes soumis à un stress ou à une forte émotion ou lorsque nous sentons une odeur désagréable... Cet état peut être ponctuel ou durer un certain temps. Chez la plupart d'entre nous, il n'y aura pas de conséquence particulière. Il suffit de reprendre correctement son souffle et d'expirer plusieurs fois longuement pour retrouver l'équilibre, ce qui se fait généralement de façon inconsciente. Mais chez les personnes ayant un terrain migraineux (souvent lié à la génétique), cette hypoventilation peut provoquer une crise, de façon immédiate ou dans les heures qui suivent. « J'ai pu également constater que les migraineux appréhendent la crise, et cette anxiété va provoquer l'hypoventilation. Par exemple, chez les femmes ayant systématiquement la migraine au moment des règles. Ou chez les personnes présentant des auras visuelles. Face à cette aura, elles se mettent en blocage respiratoire dans l'attente anxieuse de la crise. Même constat chez les migraineux qui supportent mal de faire une grasse matinée, de sauter un repas, de boire du vin blanc ou de manger un aliment précis. Le froid, le vent, l'orage peuvent aussi être incriminés. Dès qu'ils se retrouvent en situation identifiée à risque, ils font une projection anxieuse et cela déclenche l'hypoventilation. La crise finit effectivement par apparaître. Mais ce ne sont pas les menstruations ou le fait de boire du vin qui l'a déclenchée. Le vrai responsable, c'est l'accumulation du gaz carbonique, en raison d'un blocage respiratoire ».

Court-circuiter la crise dès ses prémices

Ce constat a abouti à une méthode thérapeutique spécifique que le Dr Chaudot enseigne à ses patients et exposée dans son livre « Bye bye migraine » (éditions Persée). Cette méthode est aujourd'hui en cours de validation par l'ARS (agence régionale de santé) de la région de Pau pour faire l'objet d'un programme d'éducation thérapeutique. « Elle n'est pas compliquée à mettre en œuvre seul et de nombreuses personnes arrivent à se soigner rien qu'en lisant le livre. Parfois, j'échange quelques mails avec elles si elles ont besoin de conseils supplémentaires. Une vidéo sur Youtube explique également comment procéder », précise-t-il.

• La première étape consiste à identifier si l'on va ou non faire une crise de migraine. La personne doit faire un test en se mettant volontairement en hyperventilation pendant 4 à 5 respirations. Pour cela, elle va inspirer et expirer de façon forcée comme si elle voulait gonfler un matelas pneumatique ou souffler sur les braises d'un barbecue.

• En l'absence de crise, cette hyperventilation déclenche très vite la sensation de tête qui tourne car on expulse plus de gaz carbonique que normalement. En cas de début de crise migraineuse, cette sensation de tournis est absente car ces 4 ou 5 respirations profondes n'ont pas suffi à expulser l'excédent de gaz carbonique.

• Dès lors, pour désamorcer ce début de crise, la personne va devoir continuer à faire des séries d'hyperventilation sur 4 à 6 respirations (entrecoupées d'une brève pause pour éviter la crise de tétanie) et recommencer ces séries jusqu'à ce que la sensation de tête qui tourne se présente. La crise est alors court-circuitée, la douleur a cessé.

« Plus la personne fera le test de façon précoce, dès les premiers signes annonciateurs de douleur, plus la méthode sera efficace et moins le temps d'hyperventilation devra être long pour porter ses fruits », précise le Dr Chaudot. Il conseille même à ses patients d'agir en prévention en faisant régulièrement des pauses pour respirer profondément, comme on l'apprend lorsqu'on souffle dans l'eau en nageant ou lorsqu'on fait du yoga.

Une méthode validée

Trop simple pour être vrai ? Pourquoi aucun médecin ne parle-t-il de respirer pour enrayer par soi-même une crise de migraine ? Justement parce que c'est trop simple et que cela ne nécessite pas d'avoir fait 7 ou 10 ans de médecine pour être enseigné... « Cela blesse l'ego de bon nombre de mes confrères, qui préfèrent prescrire des médicaments ultra-sophistiqués, malgré les potentiels effets secondaires et des coûts parfois exorbitants », explique le praticien. Pour convaincre, y compris ses collègues, le Dr Chaudot a mené une étude hospitalière sur 108 patients, suivis pendant 5 ans. Cette étude a fait l'objet d'une thèse de médecine soutenue à la faculté de Bordeaux en septembre 2015 et publiée en mars 2016 sur Internet (1). Avant l'apprentissage de la technique, 28 patients prenaient un traitement de fond. Après l'apprentissage, ce chiffre est tombé à 10. Avant l'apprentissage, 53,7 % des patients avaient plus de 10 crises par mois, après l'apprentissage, ils ne sont plus que 4,6 % dans ce cas. Avant, 53 % des crises atteignaient un paroxysme, contre 17,8 % des cas après. La diminution des médicaments de crise a été en moyenne de 52,9 %. 62 % des patients ont réussi à faire céder une crise par hyperventilation seule. Pour les autres, il a fallu y associer un médicament type aspirine. Enfin, l'entourage a constaté une amélioration dans plus de 65 % des cas, un critère d'évaluation plus objectif selon le Dr Chaudot car les patients ont souvent pour réflexe d'optimiser les résultats.

L'intérêt de l'hypnose, de l'auto-hypnose ou de la méditation

"Il peut être conseillé de compléter mon approche par d'autres outils qui permettent de changer son attitude face la douleur, poursuit le médecin. En effet, plus on est crispé sur ses sensations désagréables, plus on se met en blocage respiratoire. À l'inverse, lorsqu'on arrive par l'auto-hypnose ou la méditation par exemple, à modifier sa perception douloureuse et à mieux respirer, la crise va s'estomper beaucoup plus rapidement."

L'hypnose est ainsi recommandée par la Haute Autorité de Santé dans la prise en charge de la migraine, en complément des traitements habituels. "La douleur est à la fois une sensation et une émotion, précise le Dr Philippe Pencalet, neurochirurgien, hypnothérapeute et auteur du livre « Hypnose et auto-hypnose pour soulager la douleur, ça marche !" (éditions Albin Michel)...

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TÉMOIGNAGE

Chantal, 44 ans

"Mieux respirer a été le déclic"

"J'ai commencé à avoir des migraines en 2009, d'abord de temps en temps puis de plus en plus fréquemment jusqu'à avoir une crise hebdomadaire en moyenne. C'était devenu un vrai problème, qui m'épuisait. Pendant près de 10 ans, j'ai cherché une cause à ces migraines et un moyen de m'en débarrasser. J'ai tout essayé, depuis les médicaments que j'ai très mal supportés jusqu'au magnétisme et même aux soins chamaniques... L'ostéopathie, la phytothérapie, les changements alimentaires, la méditation, l'acupuncture m'ont soulagée et détendue mais n'ont pas réglé le problème sur le fond. Jusqu'au jour où je suis tombée sur le livre du Dr Chaudot, il y a neuf mois. J'ai appliqué la méthode et mes crises ont totalement cessé. Passionnée par mon métier d'enseignante, très émotive, je parle très vite et par moments, j'en oublie de respirer. J'en ai pris conscience et aujourd'hui, je fais des pauses toutes les heures environ, pour faire des respirations profondes et oxygéner correctement mon cerveau. Il m'arrive d'avoir encore des débuts de crise, mais dès les prémices, j'arrête tout pour hyperventiler et ça passe en quelques minutes."

Bonus

Deux plantes anti-prise de tête

- La grande camomille : sous forme de tisane, deux tasses par jour en cas de crise.

- L'herbe aux teigneux (Petasites hybridus) : 75 mg matin et soir en prévention des crises, pendant quatre à six mois.

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