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ASMR, une relaxation top ou toc ?

Décryptage d'un phénomène qui fait frissonner de sérénité et de bonheur des millions de stressé(e)s.

« L'Autonomous Sensory Meridian Response » est le nouveau nom, un peu barbare, d'une méthode de relaxation ancestrale remise au goût du jour par une communauté de Youtubeurs... tout en bienveillance et chuchotements. Décryptage d'un phénomène qui fait frissonner de sérénité et de bonheur des millions de stressé(e) s.

L'odeur du pain frais, le goût d'une fraise gorgée de sucre, le bruit des gouttes de pluie qui cognent contre les vitres, les caresses prodiguées par une main aimante, la vue d'un coucher de soleil ou du sable qui coule entre ses doigts... Nous sommes sensibles à une multitude de stimuli impliquant nos cinq sens. Parfois, certains sont si puissants qu'ils peuvent induire une relaxation, provoquer une sensation de chaleur, voire carrément des frissons, localisés principalement au niveau du crâne. On parle alors de « réponse autonome des méridiens sensoriels », en français.

Malgré les apparences, le cerveau n'est nullement impliqué dans ce processus. C'est une réponse parasympathique du système nerveux autonome, d'où les picotements que l'on peut ressentir tout le long de la moelle épinière.

Depuis quelques années, une communauté de Youtubeurs se pique de reproduire certains de ces sons et/ou situations jugés apaisants dans le but de déclencher cette réponse. On les appelle les "artistes ASMR" ou "ASMRistes".

Armés d'un micro binaural pour intensifier certains bruits tellement doux qu'ils passent inaperçus (et les restituer d'une façon la plus naturelle possible), ils chuchotent, murmurent, bruissent, tapotent sur des objets, grattent divers matériaux, froissent ou découpent du papier, tournent les pages d'un livre, emballent des cadeaux, pressent une éponge entre leurs doigts, font crisser une craie contre une ardoise noire, trient des objets de manière douce et méthodique, jouent au Rubik's Cube, peignent, sculptent, etc.

Il y en a pour tous les goûts... et toutes les oreilles.

"Trouver ses déclencheurs - triggers en anglais - c'est un peu comme trouver le bon bouton qui va activer tout un mécanisme cérébral, nous précise Florian Boullot, plus connu sous le pseudo ASMR Paris, et auteur du livre « Je me relaxe grâce à l'ASMR » (Leduc. s éditions). Personnellement, je suis très sensible aux vidéos d'artistes ASMR qui plient du linge et des serviettes."

Des scénarios qui mettent le spectateur en confiance

Certains de ses confrères vont plus loin en cherchant à activer des déclencheurs socio-cognitifs. Pour cela, ils incarnent un rôle précis face à la caméra : médecin, masseur, coiffeur, vendeur, etc. La palette des "role plays" est large. "Dans ces scénarios, le spectateur est toujours l'objet d'une attention particulière et d'une profonde bienveillance, destinées à le mettre en confiance", assure cet enseignant de 37 ans.

La bienveillance, c'est bien là que réside la particularité de cette communauté. Chaque vidéo postée vise à offrir détente et bien-être à des followers dont la file active grossit à vue d'œil. A titre d'illustration, Sandra Relaxation ASMR compte près de 130.000 abonnés, Paris ASMR plus de 177.000, Cosmic Tingles ASMR près de 260.000, Gentle Whispering ASMR plus d'un million et demi, etc.

"Les vidéos ont un côté très méditatif"

Il faut cependant savoir persévérer avant de se laisser prendre au jeu. "Au début, je me suis dit, c'est quoi ce truc de taré ! Tu vois une fille en train de frotter un tapis, une autre en train de gratter un paquet de chips. C'est bizarre et pas forcément bien filmé !", se souvient Leslie, graphiste de 34 ans. Marie, 25 ans, nous confie même un "sentiment malaisant".

Pourtant, toutes deux sont aujourd'hui totalement converties à cette discipline. Leslie affirme même que cela fait désormais partie de son hygiène de vie. "Je me mets une vidéo au moment du coucher, pour me détendre après ma journée de travail. Cela m'aide quand je suis anxieuse. D'une manière générale, l'ASMR me permet de ralentir le rythme. Les vidéos ont un côté très méditatif".

Florian Boullot complète : "La méditation est un exercice devenu très populaire mais qui n'est pas si aisé à pratiquer car il implique un profond lâcher-prise. Or l'ASMR va justement contribuer à se mettre en condition puisque les sons déclencheurs aident à ralentir notablement le flux de nos pensées. C'est de la pleine conscience sans effort", résume-t-il avant d'ajouter que certains étudiants s'en servent d'ailleurs en période d'examen pour augmenter leur faculté de concentration.

Effets positifs sur l'esprit mais aussi le corps

Picotements agréables au niveau du crâne, sensation de détente, amélioration de la concentration, soutien à la méditation, etc. : si les bienfaits de l'ASMR sont évidents pour l'esprit, ils se manifestent aussi pour le corps.

En juin 2018, des chercheurs anglais ont ainsi montré que cette technique avait un impact sur le ralentissement du rythme cardiaque (1). On sait en outre que lorsque nous réagissons positivement aux stimuli de l'ASMR, l'activation de régions précises de notre cerveau engendre la sécrétion de plusieurs hormones, et pas n'importe lesquelles, celles du bonheur (endorphine, dopamine, ocytocine) et du sommeil (sérotonine, mélatonine).

"Après le décès de ma mère, je n'arrivais plus à dormir. Depuis que je recours à l'ASMR, je m'endors en dix minutes, mes écouteurs vissés dans les oreilles", confirme Marie. "Ces hormones contribuent à rééquilibrer le rythme du corps. Je n'irai pas jusqu'à dire que cela peut soigner une dépression, mais c'est un vade-mecum du bien-être", insiste Florian Boullot avant de reconnaître que certains individus sont toutefois totalement hermétiques à cette technique. "Il reste encore beaucoup à apprendre sur l'ASMR. Mais les internautes s'en moquent. Ils se sont emparés de ce phénomène tout simplement parce que la majorité d'entre eux ressent ses effets au quotidien. Ils n'éprouvent pas le besoin que la science leur explique pourquoi", analyse-t-il.

Gare cependant aux trop fortes doses d'ASMR (message aux accros qui regardent des vidéos tous les soirs...). Au bout d'un moment, le corps ne réagit plus.

Le Dr Craig Richard, professeur à l'université de Shenandoah (Virginie, Etats-Unis) n'hésite d'ailleurs pas à comparer cette méthode de relaxation à la prise de morphine : sur la durée, le récepteur cérébral réagit moins bien. La bonne nouvelle, c'est qu'il suffit de faire une pause de deux semaines environ pour se "déshabituer" et retrouver les sensations de départ... A bon auditeur, salut...

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(1) Poerio GL, Blakey E, Hostler TJ, Veltri T (2018) More than a feeling : Autonomous sensory meridian response (ASMR) is characterized by reliable changes in affect and physiology. PLoS ONE 13 (6) : e0196645. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0196645

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